Session 6.8 Formation distance en Afrique
francophone (Agence de la Francophonie, ACCT) Norman Ryan, responsable de projet de coopération, Direction de la formation
à distance, Agence de la Francophonie/ACCT
M. Aboudou Touré Chéaka, directeur, Institut supérieur panafricain d' économie
Coopérative, Bénin
M. Mahdi Abdeljaouad, directeur de la Mission universitaire et éducative,
Ambassade de Tunisie à Paris
M. Kobinah Échène, Inspecteur Général de l'Enseignement, Ministère de l'
éducation de la Côte d'Ivoire et Président de l'Association Africaine
Francophone de Formation à Distance (ASAFFAD)
OBJECTIF DE LA SESSION
L'objectif général de cette présentation est de partager des expériences
vécues par le Consortium international francophone de formation à distance
dans le cadre de projets menés en Afrique francophone. La perspective générale
est de faire ressortir les conditions de succès et d'échec de ces projets
recueillies lors des évaluations de fin de parcours.
M. Norman Ryan présente l'Agence de la Francophonie et les trois
directions qu'elle a prise entre 1990 et 1995 en matière de formation à
distance : formation des responsables de formation, financement de projets dans
une trentaine de pays et accentuation de la concertation des acteurs. Les stratégies
développées depuis ce temps sont axées sur la régionalisation des projets
d'apprentissage à distance, la mise en réseau des partenaires, le renforcement
des dispositifs nationaux de formation et l'utilisation accrue des technologies
de communication.
La croissance rapide des infrastructures en Afrique permet la mise en place
d'une centaine de sites WEB dont 30 portent sur l'éducation à distance. Les
contenus demeurent importants : ils doivent être adaptés aux besoins du Sud.
Par ailleurs, il faut assurer l'accompagnement des apprenants. M. Ryan considère
qu'il faut renforcer les centres de formation et assurer leur autonomie au plan
financier.
Trois questions demeurent concernant la formation à distance : comment mieux
faire connaître ce type de formation; comment accroître les partenariats avec
les autres intervenants; quelles procédures faut-il mettre en place pour
convaincre les bailleurs de fonds de participer dans les projets donnant des résultats
probants.
M. Aboudou Touré Chéaka précise d'emblée que la formation à
distance (FAD) en Afrique s'est faite essentiellement et jusqu'à récemment par
correspondance. Il fait valoir que la FAD démocratise la formation, permet la
diffusion de la culture coopérative à grande échelle et renforce les capacités
intrinsèques des acteurs du secteur coopératif. Les stratégies adoptées
reposent sur les élément suivants : fixer des objectifs clairs, identifier les
groupes-cibles, choisir le matériel adéquat, mettre en place la logistique, et
gérer le processus d'apprentissage.
Douze pays africains participent au programme de FAD. En matière de résultats,
des 1700 étudiants inscrits au programme, 800 ont reçu leur attestation. Le
programme s'autofinance maintenant par les coûts d'inscription. Le programme a
plusieurs forces (flexible, globalement peu coûteux, adaptable, matériel
durable, etc.) mais a ussi des contraintes (processus exigeant, évaluation
quantitative difficile à faire, rigueur de l'autodiscipline, etc.). Pour
assurer la réussite de la FAD, il faut selon M. Chékéa éviter les cours exogènes
et la confusion des objectifs, choisir la technologie appropriée, éviter une
durée de cours trop longue et mettre en place des dispositifs moins coûteux.
M. Mahdi Abdeljaouad rappelle l'évolution de la FAD dans le cadre de
la réforme du système éducatif tunisien depuis 1991 et la création de
l'Institut Supérieur de l'éducation et de la Formation Continue (ISEFC). L'Institut
a permis entre autres l'introduction de l'enseignement à distance comme outil pédagogique
privilégié pour permettre à des adultes de reprendre leurs études tout en
maintenant leurs emplois et l'utilisation optimale de nouvelles technologies de
FAD.
Sous diverses pressions, dont la croissance rapide des effectifs scolaires,
de nouveaux programmes de formation continue et à distance et des dispositions
réglementaires ont consacré la formation professionnelle à distance comme une
composante du système de formation en Tunisie. Plusieurs questions demeurent
cependant: quel est le système optimal pour développer la FAD dans un pays du
Sud (création d'une institution centralisée ou mise en place d'un système
souple et libéral)?; comment aider les institutions des pays du Sud à
s'approprier les nouvelles technologies sans être asservies par elles et par
les fournisseurs (mise en place d'un observatoire international indépendant)?;
et comment développer une coopération internationale efficace entre les différentes
institutions de FAD (libéralisation des droits d'adaptation et de reproduction
des contenus créés au Nord)?
M. Kobinah Échène indique d'abord que la mise en place d'un
programme d'enseignement télévisuel en Côte d'Ivoire en 1971 et l'abandon de
ce système 12 ans plus tard était avant tout un choix politique. Le but : éduquer
toute la population. Le projet est considéré par certains comme un échec mais
il a servi a créer des centres de formation pour des milliers d'enseignants du
primaire et du secondaire qui ont rejoint environ 2 millions d'élèves. Le
projet n'a jamais été vraiment évalué. La formation des formateurs demeure
une option importante et un Centre de formation à distance pourrait voir le
jour prochainement.
L'ASAFFAD vise à regrouper les efforts des 16 pays africains participants
dans une approche régionale et à coordonner l'ensemble des activités de FAD.
Les objectifs sont d'avoir une approche structurée auprès des organismes
internationaux, de créer des sections nationales, de former les principaux
acteurs, et de mettre en oeuvre les projets ens emble.
Les besoins sont énormes mais il faut être prudent avec les nouvelles
technologies avant de les adopter. Il faut pouvoir également développer des
contenus spécifiques aux besoins de chaque pays.
Un intervenant de la salle rappelle l'importance de mieux communiquer les
succès et les échecs de la FAD entre l'Afrique anglophone et francophone. Ce
partage pourrait également permettre des économies d'échelle dans la mise en
oeuvre de projets.
Face aux retards de l'Afrique à l'égard des nouvelles technologies, M. Chéaka
indique que les problèmes s'étendent à l'ensemble du système d'éducation,
qui est en crise. Tout est à réinventer, y compris les méthodes de formation.
Il note que les États n'ont pas les moyens de payer pour un système universel
de formation présentiel et qu'il faudra réinventer la formation et
l'acquisition du savoir. Pour M. Echene, chaque état doit choisir les moyens
qui lui conviennent. M. Abdejaoual croit pour sa part qu'il faut amener les décideurs
à comprendre ce qui se passe ailleurs et à évaluer les nouveaux outils et méthodes.
La question de l'utilisation des langues locales dans les programmes de FAD
n'est pas résolue car, comme l'indique M. Ryan, ce problème fait partie d'une
problématique plus globale qui dépasse largement la FAD. M. Chéaka note que même
les langues dites "internationales" dont le français se trouvent
marginalisées par les nouvelles technologies d'information. Claude Michaud
Panélistes
RÉSUMÉ DES PRÉSENTATIONS
QUESTIONS ET RÉPONSES
Rapporteur